Après le carnage de 2013, la mémoire des victimes pèse encore sur le fleuve Héélou. Le souvenir est encore vivace dans les cœurs, le mystère entier. La vie a été abrégée au détour d’un voyage sur l’eau et les cœurs sensibles continuent de ressentir durement l’émoi. Un an après qu’en reste-il de ce fleuve chargé d’histoire ?
Gabin KATAKE
Il était craint pour le mythe et le mystère qui l’entoure. Héélou n’était pas un fleuve simple dans la mémoire collective des populations de Womey Sodo. Les populations riveraines de cette localité reconnaissent sans hésiter sa singularité. Pour beaucoup, c’est une divinité qui règne sur cette eau passible mais dangereuse. Le nom Hélou comme pour faire allusion à une calamité, un malheur témoigne au regard des témoignages de la présence d’un d’une réalité être surnaturelle particulièrement exigeante à qui des cérémonies sont faites à des moments données pour implorer sa clémence. C’est donc ce fleuve chargé d’histoire et de mystère que les victimes du 7 Janvier 2013 ont choisi de traverser ce jour mémorable à 21 heures. Pour Pierre Hègbè, fonctionnaire international et sage du quartier, l’événement se déroulait à quelques mètres de son domicile. C’est d’ailleurs devant lui que se sont regroupaient les potentiels candidats à la mort de ce carnage de 2013. A cette heure de la nuit, sa devanture grouillait de monde. Les passagers avoisinant la quarantaine attendaient impatients la pirogue. Le piroguier qui avait eu de la peine à convoyer la vague précédente avait accusé un peu de retard ce qui les importunait davantage. Quelques minutes plus tard, il arrive et ils voulaient tous monter dans la pirogue. Personne ne voulait patienter. Le piroguier, connaissant son ‘’amas de bois’’ sait qu’il ne peut pas résister à la charge et alertait les passagers de se répartir en deux groupes. Mais personne ne voulait obtempérer. Pis selon le sage du quartier, ceux-ci avaient embarqué 4 motos en plus de la forte charge qui était à bord. Le comble selon Pierre Hègbè est que la pirogue était vétuste et prenait déjà de l’eau. Au fait, c’est une pirogue vielle de plusieurs années. Amortie par les intempéries et l’usure, elle résistait péniblement à la pression de la charge. C’est à cette pirogue qui tanguait déjà seule que les passagers ont préféré opposer la loi de la surcharge. Ils ont insisté et le piroguier sans soutien a du obtempérer. Il arme sa pagaie et démarre en tanguant. Au beau milieu du fleuve, la pirogue commence par prendre de l’eau. « Le piroguier d’une voix forte leur demanda de sortir l’eau sinon ils couleront tous. Il insistait mais aucun d’eux n’obéissait. La pirogue a pris suffisamment d’eau et après quelque distance, céda », a-t-il déclaré. Le pire arriva. Le piroguier, un habitué de l’eau a essayé d’accoster près d’un amas de boue et s’en tira.
Tous les passagers s’enfoncent. Ceux qui savent nager ont pu échapper à l’épreuve. Les autres ont emprunté le sentier irréversible de la mort. Héélou, le carnage a eu au décompte 13 morts.
*Le drame de 2013 et la leçon de sagesse…*
Au lendemain du drame de 2013, une grande peur a gagné les esprits. Les populations riveraines ont juré de ne plus jamais emprunter ce fleuve qui selon les adeptes du mystère a révélé au grand jour sa colère. Tout le quartier fut saisi d’émoi. Dans le même temps, l’ex ministre de l’intérieur Benoit Dègla a sorti un communiqué pour interdire la traversée de la rive par les populations riveraines. Pour se rendre à Houédo située à moins de 5 minutes de Womey par barques, il faudra faire le grand contournement par Calavi-Kpota ce qui fait en moyenne 50 kilomètres. La misère des populations des deux localités séparées par le fleuve était vive et les autorités communales ont été informées. Après quelques mois, le tronçon a été rouvert et la mairie a décidé de prendre de nouvelles mesures. Les pirogues vétustes ont été rangées et remplacées par deux barques à pagaies. Une au niveau de la partie est appelée Chez Adjikpé et une autre devant la partie Ouest où réside le sage à la retraite. L’autorité communale avec le concours des délégués et sages des quartiers respectifs ont pris de fermes résolutions. « Les consignes ont été fermes. Cette fois-ci, pas plus de 20 passagers et plus de motos à bord », a-t-il déclaré. Les populations qui étaient par le passé habituées à enfreindre royalement aux prescriptions de l’autorité sont désormais prêtes à respecter les règles. Elles sont même prêtes à rappeler le conducteur à l’ordre si jamais il enfreignait à la règle (alors même que la barque a une capacité de 60 passagers). La sagesse a regagné les rangs depuis ce jour et le trafic est devenu suffisamment fluide.
*Le fleuve Héélou, un pôle de trafic inexploité*
Calme et se confondant à un bas-fond perdu, le fleuve Héélou est un pôle de ralliement de plusieurs localités environnantes. La première jonction qu’elle réussit à réaliser, c’est celle de la ville à Houèdo. En d’autres termes, tous ceux qui quittent la ville et désirent se rendre à Houèdo peuvent s’y rendre par ce fleuve en l’espace de quelques minutes et avec une modique somme de 50 Fcfa. « Pendant l’exécution de la mesure du gouvernement, les nombreux fonctionnaires qui vivent à Houèdo et qui veulent se rendre en ville sont obligés de faire le contournement par Calavi Kpota avant de se rendre à Cotonou. Cela fait en tout 100 Km. 50 Km pour arriver à Calavi et 50 pour se rendre dans la ville. Ce fleuve est un point de ralliement rapide. A 5 heures du matin, la barque est déjà apprêtée puisqu’il y a des fonctionnaires qui doivent être au service à 7 heures. Les élèves, les femmes du marché aussi trouvent le tronçon très praticable», a déclaré un agent des Maxime, élève. En plus de cet important trafic, le fleuve selon les témoignages n’utilise pas encore le 1/3 de son potentiel. « Le fleuve Héélou comporte 3 embouchures. Il y a l’embouchure Hêvié-Togba, l’embouchure Togba-Cocodji et l’embouchure Cococodji-Gbodjè. Si le fleuve est valorisé, l’interconnexion entre les populations de ces différentes localités sera facile. Pour réussir à tirer le maximum de la richesse de ce fleuve, il faudra construire un pont. », a déclaré le fonctionnaire à la retraite. Le projet de construction d’un pont sur le fleuve a été mûri depuis le régime du Président Mathieu Kérékou, mais a accouché de promesses jamais réalisées
**Héélou, un fleuve accidentel*
Apparemment calme en surface, le fleuve Héélou est un danger permanent. Selon les populations riveraines, il fait 19 à 21 mètres de profondeur. Pis, c’est un fleuve très agité en profondeur. « Quand vous déposez un objet dans ce fleuve ici, vous pouvez le retrouver sous le pont de Godomey. Il est stable en surface mais il coule de l’intérieur. Quand quelqu’un tombe dedans ici, l’eau l’emporte et le jette ailleurs. C’est un fleuve qui a une forte pression en bas », ont déclaré quelques sages de la localité. ……
