Le Gouvernement en Action avait comme Invité, le ministre délégué auprès du Président de la République chargé de la défense nationale, Monsieur Fortunet Alain NOUATIN.
La rédaction
Pour faire face efficacement aux menaces de terrorisme, de l’extrémisme violent et de la piraterie maritime, le gouvernement du Président Patrice TALON implémente, depuis 2016, des réformes hardies au niveau des forces de défense et de sécurité.
Un an après le début du second mandat, ni le souci ni l’ambition d’une armée moderne et républicaine n’ont faibli
JOURNALISTE : Monsieur le ministre, face aux nouvelles menaces qui pèsent sur notre territoire, est-ce que le Bénin dispose de moyens pour y faire face ?
Monsieur Fortunet Alain NOUATIN : Je répondrai oui parce ce qu’au lendemain des indépendances, la menace était classique, c’est-à-dire, une guerre conventionnelle entre Etats, qu’ils soient voisins ou qu’ils soient plus ou moins lointains. Actuellement, la menace est asymétrique. Et au Bénin, nous pouvons les catégoriser en trois groupes.
Le premier groupe est le terrorisme que nous rencontrons aux frontières nord de notre pays. Au sud, nous avons une façade maritime de 128 km, où il y a la piraterie maritime et les actes illicites perpétrés par les navires étrangers dans notre zone économique exclusive. Il faut comprendre par zone économique exclusive, une distance de 200 m nautiques soit 360 km environ à partir des berges de la côte. Entre ces deux pôles, nous avons la possibilité sur l’ensemble du territoire national d’actes de vandalisme et de sabotage des symboles de la nation. Ces symboles peuvent être stratégiques ou économiques. Nous avons également la possibilité d’actes insurrectionnels et de vandalisme qui peuvent perturber la quiétude des populations.
Face à ces menaces, est-ce que l’armée est en mesure de répondre et de protéger efficacement la nation béninoise ? La réponse est oui sans ambages. Oui, parce qu’elle est suffisamment dotée de moyens adaptés pour y faire face. Ces moyens sont d’abord réglementaires ; ce sont des réformes. Ces moyens sont humains ; c’est la politique de recrutement, avec une formation plus adaptée et orientée à ces types de menaces. Ces moyens sont également matériels. La construction de nouvelles bases, la construction également de bases avancées, la construction de points avancés fortifiés. Ces moyens sont également des équipements. Nous avons une politique d’équipement qui permettra à l’armée d’être très opérationnelle, largement au-dessus de la réponse à donner à ces types de menaces.
Parlant justement des menaces, Monsieur le Ministre, vous l’avez cité sans vous appesantir là-dessus, l’armée béninoise subit, depuis quelques temps, les attaques répétées des groupes terroristes dans le nord du pays. Quelle est la situation réelle sur le terrain ?
Vous savez que, depuis une dizaine d’année, Mai 2013, la bande sahélo-saharienne est le théâtre d’attaques répétées des groupes terroristes. Ce mouvement dangereux est très bien suivi par le chef suprême des armées, le Président de la République. C’est pour cela, qu’en 2018, le gouvernement a décidé de déployer des actions préventives. Donc, de 2018 à ce jour, le parc de la Pendjari et le parc W ont été occupés par l’armée pour prévenir l’avancée des ces terroristes sur le territoire national.
La résultante est qu’à ce jour, on ne peut dénombrer aucun gite de terroristes sur le territoire béninois. Cependant, des incursions sur le territoire restent possibles. C’est ce qui explique l’attaque de l’une de nos positions, la nuit du 1er décembre 2021. Mais la situation est sous contrôle car le Chef de l’Etat a donné des moyens pour protéger les soldats de façon individuelle ou collective. Et nous avons également suffisamment d’équipements pour prendre le dessus sur le plan opérationnel.
Mais, est-ce que ces évènements malheureux n’impactent-ils pas la détermination ou le moral de nos troupes ?
Non ! C’est le phénomène contraire que nous avons observé. Quand nous faisons les cérémonies d’hommages, vous voyez, et une petite enquête a montré que c’est le phénomène contraire que nous observons. Ces soldats sont animés d’une rage, d’une détermination de venger leurs frères d’armes tombés sous leurs yeux. Je profite pour saluer la mémoire des illustres disparus et témoigner la compassion du gouvernement tout entier à ces soldats et aux ayant-droits de ces valeureux disparus.
Vous dites que le moral de la troupe est au top mais des rumeurs, monsieur le ministre, font état d’assez de désertions au sein des militaires. Qu’en dites-vous ?
Ces derniers temps, les réseaux sociaux annoncent des vagues de démission. On dénombre quelques désertions mais elles ne sont pas liées à la peur du terroriste. Non, loin de là !
De 2018 à fin 2021, nous avons dénombré environ une centaine de désertions. Une étude faite par la direction de l’organisation du personnel des armées (DOPA) a démontré que 82% de ces désertions se comptent dans la catégorie des militaires du rang. Et, la plupart de ces déserteurs proviennent des classes des recrues de 2009 à 2013. Vous découvrez que le plus grand nombre de ces classes proviennent du 13ème département. Vous savez que le Bénin en compte 12. Donc, si je parle du 13ème département, c’est un département fictif. Ce sont des recommandés ; ces recommandés non par vocation de servir dans l’armée. Ils y sont soit par contrainte pour y être redressés selon leurs parents, ou ils y sont par la promesse d’un plan de carrière très prometteur. Avec l’avènement du pouvoir de la rupture et du nouveau départ, ces avantages non mérités ont été suspendus. Les premiers, ceux qui y sont par contrainte, commettent des actes d’indiscipline, tombent sous le coup du règlement, et sont pour la plupart en procédure disciplinaire et tôt ou tard seront radiés. Ceux qui étaient venus sous la promesse d’une carrière prometteuse, voyant la suspension de ces avantages non mérités, ont préféré chercher le bonheur ailleurs que dans l’armée. C’est ce qui explique la désertion des militaires du rang.
De l’autre côté, nous avons environs 12% de sous-officiers et 5% d’officiers. Quant aux sous-officiers et aux officiers, pour la plupart du temps, ceux qui ont déserté sont des gens qui ont bénéficié d’une bourse de l’armée pour faire des études universitaires poussées dans des domaines pointus dans des spécialités très recherchées que sont : le génie informatique, la météorologie, le déminage, des spécialités qui sont très recherchées à l’international. Avec les promesses, et n’ayant pas rempli les critères de mise en disponibilité et de retraite anticipée, la seule option pour eux de satisfaire leur volonté de carrière internationale, reste la désertion. Ce sont les conclusions des études effectuées par la DOPA. Nous venons de commanditer une autre étude par un cabinet extérieur qui viendra confirmer ou infirmer ces conclusions de la DOPA.
Que font les autorités béninoises pour permettre à ces experts de la deuxième catégorie de trouver une solution à leurs problèmes ?
La première réaction, c’est de définir clairement les critères d’obtention de ces bourses. Quand vous avez ces bourses, vous devrez vous engager à servir l’armée pendant 10 ans au moins. Deuxième chose, la possibilité pour ces spécialistes pointus de servir dans l’administration générale et dans le pays. Donc, normalement, s’ils ne trouvent pas à être occupés dans l’armée, ils trouveront forcément des postes dans l’administration générale du pays.
Monsieur le Ministre, nous avons appris que l’Etat prendra désormais en charge les personnes qui sont en mission commandée et qui sont victimes des attaques terroristes. Qu’en est-il réellement ?
Le conseil des ministres du 25 Mai 2022 a adopté le décret portant transmission à l’assemblée nationale pour examen et vote du projet de loi portant régime de prise en charge et de protection des personnes victimes en mission commandée de défense du territoire ou de sauvetage.
Cette loi organise la prise en charge aussi bien des ayant-droits, que des victimes invalides. Les ayant-droits, les enfants, sont pris en charge jusqu’à l’âge de 21 ans, âge de la majorité absolue sur le plan éducationnel, sur le plan du bien-être, sur le plan de la santé. J’appelle bien-être, de quoi se nourrir, de quoi se vêtir… un pactole leur est remis annuellement pour cela. Les invalides, eux, bénéficient d’une retraite, mais une retraite à terme c’est-à-dire on considère que leur carrière est arrivée à terme même si l’incident est arrivé à un an de leur service.
La première mesure consiste à les amener au sommet de leur catégorie. C’est-à-dire, s’il est caporal, il devient caporal major. Il est mis à la retraite complète et en plus de sa pension de retraite, il bénéficie d’une rente viagère proportionnelle à l’incapacité permanente partielle.
Assez de mesures pour encourager nos forces armées à aller au front. Et parlant de front, revenons un peu sur les attaques terroristes. Il faut reconnaitre que le Bénin n’est pas le seul pays face aux problèmes du terrorisme. Plusieurs Etats du monde et du sahel sont touchés par ce phénomène. On peut citer la Mali, le Burkina-Faso, le Niger. Est-ce que notre pays est en synergie avec les autres pays pour une lutte contre ce phénomène ?
Aucun pays, à lui seul, ne peut endiguer le phénomène terroriste. C’est impossible ! Il faut une conjonction de forces de tous les pays confrontés à ce fléau. Dans cette veine, le Bénin fait partie de l’initiative d’Accra. Une initiative qui regroupe 7 pays que sont : la Côte-d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Mali, le Niger, le Burkina-Faso et le Bénin. Cette initiative préconise essentiellement deux choses que sont : la mutualisation des efforts de lutte contre le terrorisme et l’organisation des opérations conjointes. Nous en avons fait déjà 4. Des Opérations dénommées KOUDANGOU.
En plus de cette initiative d’Accra, les 4 pays : le Bénin, le Togo, le Burkina-Faso et le Niger ont signé un mémorandum d’entente dont le contenu essentiel se résume à l’assistance mutuelle et le droit de poursuite en opération sur le territoire étranger. C’est-à-dire que nous avons la possibilité de les poursuivre au-delà de nos frontières.
En plus de tout cela, le Bénin entretient une coopération militaire très étroite avec le Niger qui est en cours de formalisation avec un accord dont la signature entre les deux pays (le Bénin et le Niger) interviendra incessamment. Je peux vous dire également qu’un mémorandum du même type est en cours avec le Burkina-Faso. C’est une action concertée.
Pour lutter efficacement contre le terrorisme, vous le savez, Monsieur le Ministre, il faut de l’équipement. Est-ce que notre armée, l’armée de terre notamment qui est sollicitée ces derniers temps dispose d’équipements nécessaires pour y faire face ?
J’avais dit tantôt que le chef de l’Etat a mis à la disposition de l’armée d’énormes moyens pour prendre le dessus sur le plan opérationnel. Sans rentrer dans les détails, je peux vous dire que tous les segments, toutes les armées, que ce soit l’armée de terre, l’armée de l’air, la marine nationale et la garde nationale, une politique d’équipement est en cours. Nous avons déjà fait des commandes et nous sommes en train de faire des réceptions.
L’armée de terre verra l’artillerie renforcée et également la cavalerie. Ce sont les deux secteurs de l’armée qui seront bien renforcés. En plus de cela, la 3ème dimension sera activée et pleinement opérationnelle pour apporter un appui de feu aux forces terrestres et également des renseignements.
Sur le plan de la marine, il faut noter que des efforts importants ont été faits. C’est la première fois, dans l’histoire de la marine, que nous recevons un patrouilleur de haute mer. Ce patrouilleur de haute mer est accompagné par une vedette rapide d’intervention. Il y a de cela 8 mois, nous avons reçu 32 embarcations lagunaires et fluviales.
De ces équipements, l’armée va passer d’un taux de réalisation qui était de 17% en 2016 à l’avènement du présent régime, à 51% en 2020 et dès que nous aurons réceptionné tous les équipements en commande, nous serons au-delà de 75% de taux de réalisation en 2022.
Alors, pourquoi est-il si nécessaire de sécuriser les eaux béninoises ? Est-ce à dire qu’elles sont aussi en danger ?
Vous savez que le port du Bénin est l’un des poumons économiques de notre pays. C’est à travers ce port que 90% des importations et exportations passent. Ce port dessert également les pays de l’hinterland, c’est-à-dire le Mali, le Burkina-Faso, le Niger. Si ce port n’est pas sécurisé, les primes d’assurances seront très prohibitives par rapport aux manutentionnaires, d’où renchérissement des prix de revient de nos produits importés et également absence de compétitivité de nos exportations. Alors, il est nécessaire que ce port soit sécurisé.
Deuxièmement, notre zone économique exclusive regorge d’une biodiversité de produits halieutiques très recherchés. Ce qui attire les chalutiers étrangers qui viennent prélever illicitement ces espèces qui auraient pu apporter beaucoup de ressources à l’économie béninoise. On observe également dans cette zone économique, un phénomène qu’on appelle le « dégazage » qui pollue la biodiversité d’où l’importance de contrôler notre façade maritime. C’est pourquoi le contrôle de cet espace est assuré par le projet VISSIM. Ce projet va contrôler l’ensemble de notre façade maritime.
Je peux vous dire que c’est le Bénin qui est en train de prendre de l’ascendant sur l’ennemi. Et le témoin le plus vivant de cette ascendance, c’est le changement du modus operandi des djihadistes. Au départ, c’était une attaque frontale, armes contre armes. Ils s’y sont frottés, ils s’y sont piqués. Actuellement, ils procèdent par pose d’engins explosifs improvisés. C’est la preuve qu’en confrontation directe, l’armée a pris le dessus
