Face à la montée des violences basées sur le genre dans les espaces numériques, la Mutuelle de Jeunes Chrétiens pour le Développement (MJCD), avec l’appui financier d’ONU Femmes et du Fonds Muskoka, a réuni à Cotonou des journalistes du REMAPSEN pour une formation dédiée à la lutte contre les cyberviolences faites aux femmes et aux filles.
La Mutuelle de Jeunes Chrétiens pour le Développement (MJCD), avec le soutien financier d’ONU Femmes et du Fonds Muskoka, a organisé le 4 décembre 2025 à Cotonou une formation consacrée aux violences basées sur le genre en ligne (VBG en ligne), à l’intention des journalistes membres du Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN).
Cette initiative s’inscrivait à la fois dans le cadre de la 19ᵉ édition des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre et dans celui du rendez-vous mensuel du REMAPSEN, un cadre d’échanges et de sensibilisation autour des enjeux de santé, de droits humains et de développement.
Placée sous le thème « Unis pour mettre fin à la violence numérique à l’égard de toutes les femmes et filles », l’édition 2025 des 16 jours d’activisme a mis en lumière une réalité de plus en plus préoccupante : la migration des violences vers les plateformes numériques. À l’ouverture des travaux, le coordonnateur national du REMAPSEN, Michael Tchokpodo, a salué l’engagement de la MJCD et de ses partenaires, rappelant que les violences basées sur le genre ne connaissent ni frontières ni périodes de répit et exigent une mobilisation constante, notamment de la part des médias.
Selon la définition des Nations Unies, les violences basées sur le genre regroupent tout acte nuisible infligé à une personne en raison de son sexe ou de son genre, qu’il s’agisse d’atteintes physiques, sexuelles, psychologiques ou économiques. Dans le prolongement de ces violences dites « classiques », la violence numérique se traduit par des actes tels que le harcèlement en ligne, les insultes sexistes, les menaces, la manipulation, l’usurpation d’identité ou encore la diffusion de contenus intimes sans consentement. Des pratiques souvent banalisées, mais dont les conséquences sur la santé mentale, la dignité et la sécurité des victimes sont bien réelles.
Les données présentées au cours de la formation ont mis en évidence l’ampleur du phénomène au Bénin. Les enquêtes nationales, notamment MICS6 et les rapports de l’INF, révèlent qu’environ 15 % des jeunes femmes âgées de 25 à 29 ans déclarent avoir déjà subi une forme de cyberviolence. Les injures discriminatoires, les menaces et le harcèlement répété figurent parmi les formes les plus courantes. Pourtant, seules 3 % des victimes portent plainte, freinées par la peur de la stigmatisation, le manque d’information et la méconnaissance des mécanismes de recours. Les adolescentes et jeunes femmes utilisant les réseaux sociaux à des fins commerciales apparaissent comme les plus exposées, au point que près d’un tiers des victimes finissent par abandonner totalement les plateformes numériques.
Dans son discours d’ouverture, le directeur exécutif de la MJCD, Dr Faustin Djagba, a souligné que la lutte contre les violences est avant tout une question de valeurs et de choix de société. « La violence est une pensée qui se transforme en décision. Son antidote reste la culture de la paix », a-t-il déclaré, rappelant que protéger les femmes et les filles, c’est préserver l’humanité tout entière, au regard de leur rôle central dans l’éducation, la cohésion sociale et l’avenir des communautés.
La communication principale, animée par Jean-Baptiste Amoussou, responsable du projet PISEG, a permis d’approfondir la compréhension des cyberviolences basées sur le genre. Il a mis en exergue leurs spécificités : leur caractère permanent, anonyme et potentiellement illimité, ainsi que la persistance des traces numériques qui maintiennent les survivantes dans une insécurité constante. Pour y faire face, le projet PISEG déploie une approche intégrée axée sur la transformation des normes sociales, le renforcement des capacités communautaires et la protection des survivantes. À travers des formations, des actions de sensibilisation médiatique, des émissions radiophoniques et des mécanismes d’accompagnement psychosocial, le projet s’emploie à faire des hommes des alliés et des médias des acteurs responsables dans la lutte contre les VBG, y compris dans l’espace numérique.
Au terme de la rencontre, un message clair s’est dégagé : la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles ne peut plus se limiter à l’espace physique. Elle doit désormais investir pleinement les écrans, les réseaux sociaux et les pratiques médiatiques, afin de briser le silence, prévenir les abus et contribuer à la construction d’un environnement numérique plus sûr, plus inclusif et plus équitable.
Dieudonné SODABI